Société


Le cosplay : un phénomène étrange qui nous vient du Japon.

C’est aussi le reflet identitaire d’une société.

Le terme « cosplay » est la contraction de « costume player ». Formule difficile à traduire en français mais aussi en portugais ici au Brésil qui exprime bien ce mélange de déguisement et de jeu (au sens théâtral du terme, où son sens simplement ludique). En effet, il ne s’agit pas d’organiser des après-midi costumés comme nous pourrions le penser. Il faut aussi incarner le personnage sur scène, ou simplement dans les  lieux publics. On peut alors croiser le Joker, Goldorak, Pikachu, et autres héros de Mangas connus ou moins connus de ces univers mythiques contemporains.

Ce phénomène s’étend désormais aussi à la Chine

Comme dans toute pratique ludique, le cosplay est aussi affaire d’initiés qui a ses codes. Entre les néo-adeptes et les puristes français il y a un monde bien différent du Japon. A cela s’ajoute le fait que la pratique française est particulière : point de véritable cosplayer sans fabrication artisanale du costume. Faut-il y voir un attachement à l’artisanat des jeunes générations ? Certainement pas, mais comme tout phénomène culturel, le cosplay se différencie selon les régions, les pays où il prend racine. En France, cette spécificité est de fabriquer soi même son costume. Encore faut t’il être doué en couture pour le réaliser…

Autre fait marquant du cosplay : l’âge de certains de ces participants. Il ne s’agit pas seulement d’adolescent de moins de 25 ans. Les « gardiens du temple » cosplay, c’est à dire les cosplayeurs de la première heure, ont entre 30 et 40 ans. Ce sont les enfants de Star Wars, d’Ulysse 31 ou de Capitaine Flam de l’époque des émissions Dorothée, ils sont aussi nombreux que les plus jeunes.

style Decora

Mais pourquoi donc se déguiser ?

Ce retour du déguisement n’est donc pas anodin. Hormis l’attachement à l’enfance, au monde du rêve, il exprime ce retour massif du ludique dans nos sociétés. La société moderne avait repoussé le jeu dans l’espace des loisirs, dans un espace n’existant qu’en opposition avec le travail. Alors qu’on observe aujourd’hui une contamination du travail par le jeu. Ainsi les méthodes de « la classe créative » envahissent les écoles de management, l’on voit apparaître nombre de stages où les jeux occupent une place centrale voir prépondérante dans l’entreprise. C’est en quelque sorte le Théâtre de la vie ou la comédie s’exprime derrière un masque… Un masque social pour exister? Il peut être aussi politique pour séduire… Ce champ reste vaste.

 

Le cosplay apparaît donc comme une des manifestations d’une tendance sociétale forte : le retour de l’esprit du jeu. Mais pourquoi se déguiser ? La première raison est l’importance du jeu des masques dans la vie sociale. Jouer avec son identité quotidienne, l’effacer au profit d’un masque fictif, mythique, ou simplement ludique est un moyen d’échapper aux contraintes sociales selon les circonstances que la vie impose. Comme l’explique très bien Claudio Souza Pinto ce peintre surréaliste brésilien.

Jouer pour vivre ensemble ou tous les rôles sont permis.

On joue pour se trouver dans un espace intermédiaire entre la vie réelle et un monde imaginaire. Et pourtant, toutes les relations sociales construites dans le jeu sont aussi réelles que toutes les autres et les masques n’apparaissent que comme un moyen de tisser des liens inédits que notre identité sociale nous interdirait en temps normal. Mais quant à cela, rien de nouveau sous le soleil… C’est déjà ce que l’on peut observer dans diverses sociétés secrètes au cours de l’histoire humaine. Le masque, le déguisement, ou encore les codes et secrets d’initiés du Cosplay, sont autant de marques d’une appartenance à une communauté. Telle la Commedia dell Arte depuis l’époque vénitienne, voir même de l’antiquité.

La deuxième raison est cette appétence contemporaine pour le groupe (comme l’a bien montré le sociologue Michel Maffesoli). L’histoire moderne a conduit à un individualisme et à l’éclatement du lien social. Les différents rites ludiques, qu’il s’agisse du poker en ligne, des cosplayers, des MMORPG (ces jeux de rôle en ligne), ou simplement d’une partie de Trivail Pursuit, sont tous marqués par cette capacité à créer de la communauté, à produire du lien social. Le jeu, par ses règles et ses codes, crée un territoire, c’est-à-dire un espace qui appartient aux joueurs et qui les définit les uns par rapport aux autres. Autrement dit, tout jeu fait la société. Le cosplay sous ses aspects étranges ne fait donc que marquer le retour en force de cette appétence communautaire, de ce vivre ensemble.

 

Ici à São Paulo ce phénomène cosplay déferle littéralement sur cette mégapole du Brésil. Il a pris naissance depuis plusieurs années dans le quartier japonais Liberdade, où de nombreux adeptes adolescents pour la plupart, sont concentrés et se retrouvent à la sortie du métro, mais aussi dans les rues avoisinantes, ou dans d’autres lieux de la ville, de même que sur le réseau métropolitain.

Une autre vidéo, juste pour le plaisir!

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