Economie


Singhbushlula
Image via Wikipedia

CROISSANCE INSOLENTE DES PAYS ÉMMERGENTS QUI A AUSSI SES REVERS.

Les émergents ont des problèmes de riches, à faire pâlir de jalousie les bons vieux pays «développés» du Nord. Leur économie marche trop fort. La surchauffe les guette, croit savoir le Fonds monétaire international. Sauf imprévu (une nouvelle crise financière? une révolution en Chine?), leur grande affaire, pour l’année 2011, est connue: rendre «durable» leur croissance effrénée. La manœuvre est d’autant plus délicate que l’Inde, la Chine et le Brésil sont les trois locomotives de l’économie mondiale, et qu’un faux pas de l’un de ces géants pèserait lourd sur la fragile reprise en cours.

C’est sous cet angle qu’il faut interpréter la première véritable annonce de Dilma Roussef, la nouvelle présidente
du Brésil, mercredi 9 février: 30 milliards de dollars de coupes dans le budget 2011. Soit 1,2% du PIB. Une cure d’austérité un peu particulière, à la brésilienne, qui consiste surtout à revenir sur les réformes des années passées
– supprimer les mécanismes de soutien à l’économie mis en place depuis 2009 par le gouvernement Lula pour répondre à la crise mondiale (subventions, exemptions d’impôts, etc.).

Si «tous les ministères» sont concernés, a prévenu le ministre des finances brésilien, les investissements dans les infrastructures et les programmes sociaux sont épargnés. Ces coupes devraient permettre d’augmenter un peu plus l’excédent budgétaire (attendu à 3,5% du PIB fin 2011, tout de même), tasser la demande et, avec un peu de chance, freiner une inflation qui avait atteint, l’an dernier, 5,9%, très au-dessus d’un objectif à 4,5%.

En Chine aussi, la flambée des prix est spectaculaire, malgré les efforts de la Banque centrale, depuis la fin 2010, pour contrer la tendance. Les étiquettes ont grimpé de 4,6% en décembre, et l’inflation est attendue, en janvier, aux
alentours de 6%, toujours en rythme annuel. La stratégie de Pékin consiste à durcir, progressivement, sa politique monétaire, en remontant ses taux: les autorités ont relevé le 8 février, pour la troisième fois depuis octobre, leurs
principaux taux d’intérêt.

Elles ont également augmenté, pour la huitième fois depuis début 2010, les taux de réserve obligatoires des banques. Ces restrictions sont censées limiter le volume de liquidités en circulation, en tout cas en freiner la progression, et donc compliquer l’accès à certains prêts pour des particuliers comme pour des entreprises. Plus la masse monétaire est élevée, plus elle tend à gonfler les prix (même si, pour certains économistes, la création de monnaie n’explique qu’à la marge l’inflation).

Et la hausse des salaires?

En Inde, enfin, le ton est encore plus alarmiste – l’inflation est une «sérieuse menace», a déclaré le 4 février Manmohan Singh, premier ministre d’un pays déstabilisé, depuis quelques mois, par l’envolée des prix de l’oignon, un produit de base pour la cuisine indienne. L’inflation est attendue à 7% cette année, et les seuls prix alimentaires bondissent au rythme annuel de 17,5% ces jours-ci sur les marchés. Le 25 janvier, la Reserve bank of India, de loin l’institution la plus agressive d’Asie en matière monétaire ces temps-ci, a relevé ses taux, après six augmentations l’an dernier.

En clair, les «BRIC» (Brésil-Russie-Inde-Chine) n’en ont pas fini avec le «i-word» – comme dit la presse anglo-saxonne pour parler de l’inflation. Au-delà de l’incroyable croissance qui les porte (7,5% au Brésil l’an dernier, 10,3% en Chine, 8,5% en Inde, contre, au même moment, 1% dans la zone euro….) et qui dope mécaniquement la demande et les prix, ces
pays sont frappés de plein fouet, comme ailleurs, par la flambée des cours des produits alimentaires. En décembre, l’indice des prix de la FAO, l’agence des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, a atteint un niveau record, supérieur aux pics de 2008, à l’origine des «émeutes de la faim».

Quant à la révolte populaire en Egypte, pays stratégique pour le commerce du pétrole, elle a également crispé les marchés du pétrole: les cours du Brent ont dépassé, pendant quelques séances à Londres, la barre des 100 dollars le baril. De quoi faire bondir les prix de l’essence.

Les grands émergents, pour qui la crise n’est plus qu’un lointain souvenir, sont donc en train de négocier, avec plus ou moins de prudence et de tact, la transition d’une politique monétaire très accommodante (à taux bas, pour aider
à la reprise) à une politique plus dure (avec des taux élevés, pour contrer l’inflation). L’affaire n’est pas simple: il ne faut pas traîner, mais pas brusquer les marchés non plus. En fait, rien ne dit qu’il suffit de relever les taux pour tasser les prix, surtout si les pays du Nord, qui sont toujours mal en point, conservent leurs taux à leurs niveaux actuels. Car les capitaux
étrangers, en Europe par exemple, seront logiquement attirés vers les pays du Sud, où les rendements sont meilleurs… Et donc alimenter un peu plus l’inflation. Bref, le durcissement monétaire en cours pourrait s’avérer contre-productif.

D’autant que, dans certains cas, l’inflation a du bon. En Chine, par exemple, elle s’explique aussi par une amélioration du salaire moyen. Pékin tente de tirer les leçons de la crise de 2008: il s’agit de réduire sa dépendance à l’étranger et aux exportations, en dopant la consommation intérieure des ménages. D’où certaines concessions faites aux travailleurs, ici et là, à la marge, pour «rééquilibrer» une économie surchauffée. Le débat sur l’inflation, déjà enclenché par Olivier Blanchard, chef économiste du FMI, en début d’année dernière, risque de reprendre de plus belle.

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