La machine de guerre Iranienne carburera à l’uranium double usage

Posted on janvier 11, 2012

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L’Iran a lancé la production d’uranium enrichi sur le nouveau site de Fordo exclusivement à des fins pacifiques, selon les affirmations de Téhéran. Formellement, c’est effectivement le cas. Toutefois, plusieurs aspects incitent à qualifier avec beaucoup de réserve le programme nucléaire iranien de strictement pacifique.
Le passage transparent dans la clandestinité
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a officiellement confirmé lundi que le site iranien de Fordo avait commencé à produire de l’uranium enrichi à 20% depuis au moins une semaine. Par ailleurs, les experts de l’agence ont déjà visité le site.
La construction du site de Fordo, à 20 km au nord du sanctuaire chiite de Qom, a été annoncée il y a quatre ans déjà. Contrairement au principal centre de l’industrie nucléaire à Natanz, le site de Fordo est un bunker souterrain conçu pour résister aux frappes aériennes.
L’Iran n’a jamais entretenu le mystère autour du site de Fordo. L’objectif du transfert des centrifugeuses de Natanz à Qom consistait à assurer la sécurité d’une production cruciale, vulnérable face aux attaques militaires éventuelles. Les experts nucléaires iraniens l’avaient annoncé dès 2009. Ainsi, Téhéran montre qu’il a l’intention et qu’il est capable d’éviter le sort d’autres programmes nucléaires de la région (irakien et probablement syrien), qui ont été antérieurement frappés par l’armée israélienne.
Toutefois, Tel-Aviv perçoit de manière objective le niveau de développement du secteur nucléaire iranien. L’année dernière, une source militaire israélienne a reconnu que le programme nucléaire iranien avait déjà dépassé le stade où une seule frappe aérienne réussie aurait suffi à le repousser au point de départ.
Par conséquent, il est déjà impossible de stopper l’Iran par des moyens chirurgicaux (et non pas ouvertement brutaux, comme dans le cas du régime de Saddam Hussein en 2003). Les parties intéressées n’ont plus qu’à observer ce qui se passe réellement dans l’arrière-cour iranienne du nucléaire pacifique afin d’être au moins prêtes aux conséquences éventuelles. Et ce qui s’y passe est très ambigu.

Le nucléaire pacifique iranien à double tranchant
Le programme nucléaire iranien est une magnifique façon de se maintenir sur une lame de rasoir qui rappelle le désamorçage d’une mine habilement piégée. Téhéran, dont les mains et les pieds sont liés par les inspections, les sanctions internationales et la menace hypothétique d’une opération militaire, joue une partie d’échecs en préparant plusieurs coups à l’avance.
Ici, il convient d’être irréprochable (le rapport impuissant de l’AIEA, qui a fait l’objet d’une pression sans précédent l’automne dernier, l’a très bien montré), tout en protégeant ses intérêts jusqu’au dernier gramme. Dans le cas présent, ce n’est une figure de style, car dans ces conditions certains matériaux nécessaires à la fabrication d’une arme nucléaire s’accumulent effectivement gramme par gramme.
Néanmoins, ces deux dernières années l’Iran a connu une forte ascension dans le développement du secteur nucléaire. Le transfert des centrifugeuses de Natanz à Fordo n’est qu’une conséquence visible de ce processus. Le taux d’enrichissement de l’uranium iranien, même officiellement annoncé, continue de croître en dépit des nombreuses tentatives internationales d’interdire à Téhéran de l’augmenter. Il est aujourd’hui question d’uranium enrichi à 20% (plus précisément à 19,75%).
Les experts américains font remarquer que le programme nucléaire iranien ne peut plus être considéré comme orienté, comme auparavant, sur l’uranium faiblement enrichi à 3,5%, permettant de produire du combustible nucléaire pour des réacteurs à eau légère standard.
La partie du programme actuellement observé se décrit le mieux comme la « production d’uranium enrichi à 19,75% », annonce le rapport de l’Institut américain pour la science et la sécurité internationale (ISIS) présenté en septembre 2011.
Les réserves iraniennes de cet uranium sont de plus en plus souvent considérées comme excessives pour satisfaire les besoins annoncés du pays (approvisionnement du réacteur de recherche de Téhéran, le TRR).
Il est à noter que les Iraniens eux-mêmes le confirment également, par exemple en la personne du président de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA) Fereydoun Abbassi Davani, qui a honnêtement déclaré à la presse en août 2011: « Dans la production d’uranium enrichi à 20% nous avons déjà dépassé la quantité nécessaire pour le TRR. »
Toutefois, comme il a été dit précédemment, la production d’uranium enrichi à 19,75% ne fait que croître, et cet uranium est directement présenté comme l’un des types de production du site de Fordo. Les dernières inspections de l’AIEA confirment également la production sur le site de Fordo d’uranium enrichi jusqu’à ce taux.
Les dirigeants iraniens sont expérimentés et n’ont pas fermé les yeux sur une contradiction aussi évidente. L’explication officielle de ce passage à l’uranium enrichi à 19,75% serait la réalisation du plan de construction de 4-5 réacteurs d’étude d’une puissance de 10-20 MW qui fonctionneraient avec de l’uranium enrichi à ce taux. Parmi d’autre, on annonce de vastes programmes dans le domaine de la recherche sur les isotopes et la médecine nucléaire.
Les spécialistes remettent en question les capacités de l’Iran à mettre en œuvre une initiative scientifique et technologique d’une telle ampleur. De la même manière qu’ils mettaient auparavant en doute le programme colossal de construction de réacteurs à eau légère de 20 GW, par le biais de laquelle l’Iran justifiait l’augmentation de la production d’uranium enrichi à 3,5%.
Nous sommes simplement face à une explication qui se veut acceptable de l’augmentation des quantités d’uranium enrichi dont dispose la puissance perse.

La machine de guerre iranienne est en marche
Dans une récente interview accordée à la CBS, le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta a déclaré que selon ses informations le programme nucléaire iranien n’avait pas de dimension militaire. Il n’est pas exclu que ce soit effectivement le cas. Cependant, l’accent mis sur la production d’uranium enrichi à 19,75% est préoccupant.
Le fait est qu’une grande réserve de cet uranium permettrait de réduire considérablement les délais de développement des matériaux militaires (en enrichissant de l’uranium-235 à plus de 90%), en présence de la volonté politique et des technologies nécessaires, choses que l’Iran commence à maîtriser activement ces dernières années.
Selon diverses appréciations (en omettant les délais de six mois exagérés par la presse israélienne), d’ici la fin 2013 l’Iran pourrait en sourdine élaborer suffisamment de matériaux militaires pour fabriquer entre 1 et 5-6 munitions nucléaires, suivant les scénarios plus ou moins optimistes.
Tout dépend de la qualité des centrifugeuses à gaz utilisées: on soupçonne que le processus technologique d’enrichissement sur les sites iraniens reste loin d’être optimal.
Et tout cela se déroulera dans une situation toujours ambiguë, où le programme nucléaire formellement pacifique contribue à la création d’un potentiel puissant de nature militaire, dont l’activation nécessite seulement la volonté politique. Et cette dernière se manifestera à coup sûr face au dépassement d’un certain seuil d’ingérence des forces extérieures dans les affaires nationales de l’Iran.
Ainsi, la prochaine fois les Iraniens pourraient être en possession d’uranium ou de plutonium militaire.
Chaque année, les capacités de Téhéran augmentent, et il en est de même pour la rhétorique du droit moral de posséder l’arme nucléaire dans les conditions de la pression internationale croissante.
Source: RIA Novosti.