Le mouvement de contestation britannique peut-il s’étendre jusqu’à la France ?

Posted on août 10, 2011

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La réponse est oui, sans aucun doute ! Fini de rigoler… les vacances sont terminées et place à la dure réalité. Impôts, factures, augmentations, toutes ces feuilles d’automne vont tomber à point nommé dès votre retour de vacances, ne serait-ce que pour mettre le pied dans l’étrier du quotidien.

La Grande-Bretagne paye-t-elle le prix de sa nouvelle politique d’austérité ? Alors que Nicolas Sarkozy a donné mercredi l’agenda sur les réformes à apporter pour réduire le déficit public, la France doit, elle aussi, fixer le cap de la rigueur en s’accordant sur de nouvelles règles dès la rentrée. « Aujourd’hui, il n’y a plus de marge de croissance pour aider ces réformes, alors ce sera plus dur », avisent pour leur part les services de la Commission européenne.

Interrogé par Challenges, le sociologue et directeur de recherche au CNRS, Laurent Mucchielli*, rapproche la situation en Grande-Bretagne avec les émeutes de 2005 en France.

Quels sont les points communs entre les émeutes de Londres et celles des banlieues en 2005 ?

Les émeutes sont toujours la manifestation d’une émotion collective. Dans ces révoltes des villes d’Angleterre, on peut relever trois points communs avec les évènements de ces dernières années en France. D’abord, comme en France, les émeutes de Londres ont démarré à la suite de la mort d’un habitant des quartiers, après une opération de police. Vient ensuite le déni des politiques, mais aussi des médias, de ne pas vouloir voir au-delà de la violence. Ces révoltés, comme en 2005, sont en effet stigmatisés et deviennent immédiatement des délinquants. Enfin, là-bas aussi, les émeutiers sont des jeunes, parce que ce sont eux qui ont le moins à perdre. C’est sur eux que s’est accumulé « l’effet cocotte-minute », car il y a ceux qui sont dans la rue, mais il y a aussi les mécontents qui les encouragent depuis leurs fenêtres.

Comment les contenir ?

Il faut d’abord réinstaurer le dialogue avec une population qui n’est représentée ni par des syndicats, ni par un parti politique. Malheureusement, David Cameron a une réaction similaire à celle de Nicolas Sarkozy, -alors ministre de l’Intérieur en 2005. Comme lui, le ministre britannique occupe le terrain médiatique dans une logique policière. C’est étonnant de la part d’un ministre ! Il y a une autre façon de s’adresser à ces jeunes plutôt qu’en cherchant à leur faire peur.

La Grèce, l’Espagne, désormais l’Angleterre, le mouvement peut-il s’étendre à la France ?

Oui, car il y a un terrain commun. Dans ces pays, les jeunes ont le sentiment que les choses ne vont pas s’arranger pour eux, c’est la génération ‘No Futur’. C’est une nouvelle forme de misère : la galère, pas de perspective d’avenir, et enfin la rage. En France, on fait valoir le modèle d’intégration républicain, pourtant loin d’être plus efficace que les autres. Sur le plan économique et social, les conditions de base à de nouvelles émeutes en France sont réunies. Le ralentissement économique est même plus marqué aujourd’hui qu’en 2005. Par ailleurs, les émeutes ne se sont jamais arrêtées depuis. Les changements sont surtout intervenus sur les stratégies de maintien de l’ordre, et, dans une moindre mesure, sur la politique de rénovation urbaine.

Source: Challenges