DSK – Ces déclarations qui discréditent Nafissatou Diallo

Posted on juillet 27, 2011

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La plaignante est passée à l’offensive, cette semaine, en accordant une longue interview à l’hebdomadaire Newsweek, puis à la chaîne de télévision américaine ABC. Interviews dans lesquelles sa version des faits diffère…

L’intégrale de la video de Nafissatou Diallo, diffusée mardi 26 juillet 2011, au soir, à l’émission Nigthline de la chaîne de télévision américaine ABC (et transmise par i télé mercredi 27 juillet au matin) n’est-elle pas de la part de la femme de chambre : un déballage de descriptions crues destiné à masquer un dossier médical vide ? Un tissu de mensonges destiné à répondre à plusieurs accusations actuelles et passées ? Un plaidoyer pour faire oublier « le récit erroné » devant le Grand Jury début juin 2011 ? Un habillage de faits connus ? Un gommage de faits gênants ? Une séquence émotion ou une justice-spectacle ? Une reconstitution des faits ou une reconstruction de l’histoire ?

S’il n’y a qu’une phrase à retenir de l’interview de 10 minutes, elle figure dans l’échange suivant avec sa collègue de travail, qui s’est passé le samedi 14 mai 2011, vers 12h30 :

Juste après que Nafissatou Diallo, voit DSK prendre l’ascenseur (samedi 14 mai 2011 à 12h28)

Sa collègue lui demande :

Ma fille, qu’est-ce qui vous arrive ?

Nafissatou Diallo lui explique ce qui s’est passé dans la suite avec un client.

Sa collègue lui répond :

« C’est un client très important »

Ainsi, Nafissatou Diallo, savait par sa collègue, samedi 14 mai, peu après 12 h 28 minutes, avant d’être interrogée par son manager, puis par la Police, puis par l’Hôpital, dimanche 15 mai, et avant de téléphoner à son « fiancé » en prison en Arizona (également, dimanche 15 mai), que « c’est un client très important ».

L’essentiel de la démarche de Nafissatou Diallo apparaît liée à cette information capitale : « c’est un client très important », ce qui suppose qu’il a de l’argent, comme elle le dira, dimanche 15 mai 2011, en fulani (langage guinéen) dans un enregistrement fait par la prison.

Si sa version de viol était exacte, que n’a t-elle suivi DSK dans un autre ascenseur à 12h28 pour le dénoncer à la réception ?

En comparant les déclarations de la femme de chambre faites à ABC, avec les éléments connus à ce jour, dont la plupart émanent des services du procureur de New York, Cyrus Vance Jr., on constate des interprétations, des contre-vérités ou des mensonges, dans les domaines suivants (où ne seront évoquées, que les informations ou les versions nouvelles)…

En ce qui concerne le moment de sa connaissance de l’importance de la personne en question (DSK) :

1. Sur ABC, elle dit qu’elle a appris par sa collègue de travail, le samedi 14 mai (peu après 12h28, heure de départ de DSK) que « c’était un client très important ».

Il n’est pas impossible qu’elle revienne ultérieurement sur cette révélation fondamentale (sans aucun doute involontaire) dans sa démarche, en vue d’une plainte pour obtenir des dommages-intérêts dans un procès civil, annoncée par l’avocat adjoint à Kenneth Thomson.

2. À Newsweek, la veille, lundi 25 juillet, la femme de chambre, indique : « j’ai appris, dimanche 16 mai, en regardant la télévision, que ce client pouvait être le prochain président de la France« , probablement, pour faire croire qu’elle ne savait pas, samedi 14 mai, au moment où elle est interrogée, notamment par la police, que « c’était un client très important ».

En ce qui concerne les faits eux-mêmes :

1. Sur ABC, Nafissatou Diallo raconte :

En entrant dans la suite, elle a crié, 3 fois, « Bonjour service de chambre ». Personne n’a répondu. « Puis un homme nu est arrivé et m’a attrapé les seins puis m’a dit : ‘ »Ne soyez pas désolée' »

Or dans les propos rapportés par Newsweek, lundi 25 juillet 2011, au début de la présumée agression :

« Nafissatou Diallo a raconté qu’en entrant dans la suite, elle avait dit : « Bonjour, service de chambre ». « Un ‘homme fou’, nu et à la chevelure grise est alors apparu », a-t-elle dit.

L’homme n’est plus fou à la télévision mais le serait dans le journal ?

Quelqu’un a-t-il demandé à la femme de chambre de modifier sa version des faits (à la télévision, par rapport à celle donnée à Newsweek) car la mention de la folie ne pouvait se justifier de la part de quelqu’un qui n’avait aucune raison de l’être et qui répond de façon élégante ?

2. Sur ABC, Nafissatou Diallo déclare : « Après quelques minutes, je l’ai vu [le client, DSK, ndlr], il était déjà rhabillé et était devant l’ascenseur (samedi 14 mai peu avant 12h28, donc) ».

Le but de cette déclaration de Nafissatou Diallo est de transformer ce qu’elle a dit à l’Hôpital St. Luke’s-Roosevelt, où la femme de chambre a été recueillie dimanche 15 mai, déclarations mentionnées dans le New York Times du 5 juillet, qui faisait part d’un rapport médical. Ce compte-rendu mettait en évidence une possible contradiction dans la déclaration de la plaignante : le rapport indiquait qu’elle a regardé DSK se rhabiller, alors qu’elle déclare dans sa dernière version des faits avoir « immédiatement quitté la pièce après l’agression ».

3. La femme de chambre ne précise pas si elle a fait le ménage dans la suite voisine, ni si elle est revenue dans la suite 2806, après les faits qui se seraient produits dans la suite 2806.

Le procureur a admis les failles de l’accusation portée contre DSK dans une lettre du vendredi 1er juillet adressée aux avocats de l’ex patron du FMI, où il reconnaissait que la plaignante a produit sous serment un « récit erroné » de l’agression sexuelle dont elle affirme avoir été l’objet, omettant de préciser qu’elle avait nettoyé une autre chambre avant de dénoncer les faits incriminés.

« La plaignante a réitéré cette version des faits sous serment devant le grand jury », a précisé le bureau du procureur, le 1er juillet 2011.

En ce qui concerne le dossier médical :

1. De la longue description faite à ABC, le mardi 26 juillet 2011, avec force gestes de la présumée-plaignante de ce qui se serait passé dans la suite 2806, voilà ce qu’on retient.

Mais cet excès de descriptions crues n’est-il pas destiné à masquer un dossier médical vide ?

2. « Le dossier médical de l’accusatrice est vide. Il n’y a pas de preuve. Pas de blessure à l’épaule, pas de marque de violences, pas de bleus », a déclaré l’avocat de DSK, William Taylor, mercredi 13 juillet, comme le rapporte Reuters.

En ce qui concerne l’appel téléphonique passé dimanche 15 mai dans une prison de l’Arizona :

1. Interrogée par la journaliste d’ABC la femme de chambre dément avoir confié au dealer a qui elle a téléphone en prison :

« Ce type a plein de fric, je sais ce que je fais ». « J’ai utilisé les mots ‘je sais ce que je fais’ quand il m’a parlé de l’avocat. »

2. Or, Le New York Times du 30 juin publie l’enregistrement du dimanche 15 mai fait dans une prison d’Arizona.

La formule « Ce type a beaucoup d’argent, ne t’inquiète pas, je sais ce que je fais ! » , prononcée par la femme de chambre, elle-même, au lendemain même de l’incident de l’hôtel Sofitel, est accablante à l’égard de cette dernière.

Cela montre que la mise en cause de DSK pourrait être liée à des motivations pécuniaires, et non à un acte d’agression. Cela jette aussi un doute sur ses déclarations relatives à une relation sexuelle non consentie et montre la connaissance qu’elle pouvait avoir, très tôt, de la fonction exercée par le client de la chambre 2806.

Ce coup de téléphone de l’accusatrice à son « fiancé » en prison, dont la traduction a été connue le mercredi 29 juin 2011, a été déterminant lors de l’audience du vendredi 1er juillet, et explique la démission d’une responsable des services du procureur (Lisa Friel, le jour même, 29 juin 2011).

3. L’homme, Amara Tarawally, a dit aux journalistes américains du Daily Beast, que la conversation au cours de laquelle les mots « ne t’inquiète pas, je sais ce que je fais » a eu lieu après la venue d’un policier de la NYPD (qui n’ont eu pourtant connaissance de la traduction que le 29 juin), dans sa prison de l’Arizona. Il explique avoir alors conseillé à Nafissatou Diallo de parler de la visite de ce policier à ses avocats. Ce à quoi elle aurait répondu : « Je sais ce que je fais » (phrase tronquée par l’intéressé).

4. Au total, il existe trois interprétations différentes de cet enregistrement fait dans une prison d’Arizona en fulani (langage guinéen), dont la traduction est, de nouveau, en cours de vérification chez le procureur :

– la version du New York Times du 30 juin 2011,

– celle de l’ex-« fiancé » de la femme de chambre, livrée tronquée au journal Daily Beast,

– celle de la femme de chambre, racontée avec des différences fondamentales (y compris par rapport à celle de son ex-ami), à la chaîne ABC.

En ce qui concerne l’existence d’un compte avec de l’argent liquide donné à son ami :

1. Quand la journaliste d’ABC mentionne, mardi 26 juillet 2011, la fameuse conversation téléphonique avec le trafiquant de drogue qui est en prison, elle assure que « c’était un « ami » et qu’elle ne savait pas qu’il se livrait à des activités illégales. Elle reconnaît lui avoir « donné le numéro de son compte » en banque sans savoir ce qu’il y avait dessus.

En marge de cette affaire, il est à noter que certaines personnes ont pu être accusées de blanchiment d’argent (de la drogue) pour des faits relativement proches. De même, la Banque où un compte est ouvert, a une obligation de surveillance de la nature des opérations effectuées par ses clients ou leurs mandataires, notamment quand il s’agit de dépôts en liquide d’une certaine importance.

2. Or, encore une fois, le New York Times du 30 juin a fait état d’éléments tendant à décrédibiliser la femme de chambre. Le « fiancé » de la femme de chambre ne serait pas le seul à avoir déposé du liquide sur son compte (100.000 dollars sur les deux dernières années).

Au 1er juillet 2011, le bureau du procureur ne croit plus à la version de la femme de chambre, celle-ci ayant menti, à plusieurs reprises, depuis son agression présumée du 14 mai.

En ce qui concerne ses mensonges relatifs à l’obtention du droit d’asile aux Etats-Unis :

1. À la télévision ABC, la femme de chambre a indiqué « j’adore ce pays », ce qui expliquerait ses déclarations.

2. Or, des enquêteurs ont fait des découvertes sur la demande d’asile aux Etats-Unis de la femme de ménage. Nafissatou Diallo aurait indiqué aux enquêteurs avoir précisé dans sa demande d’asile aux Etats-Unis qu’elle avait été violée par le passé, mais cela ne figure pas dans la demande.

Enfin, la femme de chambre a aussi indiqué avoir été victime d’une mutilation génitale, mais cet élément diffère aussi de ce qui figure dans la demande d’asile.

En ce qui concerne les 5 portables à son nom :

On attend toujours la réponse de la femme de chambre. De fait, les services du procureur ne croient plus en sa version. Alors qu’elle disait n’avoir qu’un seul portable, les enquêteurs ont découvert qu’elle en détenait cinq, et qu’elle payait des centaines de dollars chaque mois en factures téléphoniques à plusieurs opérateurs.

Conclusion :

L’image et l’émotion (quelquefois feinte, d’après plusieurs journalistes américains et français et des spécialistes du comportement) ne sauraient remplacer un dossier étayé et des témoignages concordants reçus par le procureur, auxquels il faut ajouter, désormais, la révélation faite mardi 26 juillet à ABC par la plaignante, qu’elle a appris par sa collègue samedi 14 mai 2011 (peu après 12h28) que la personne qu’elle incrimine était « un client très important ».

La probabilité d’un procès au Civil (où l’unanimité des jurés n’est pas nécessaire) semble indiquer la raison de cette plainte contre DSK : tenter d’obtenir des dommages-intérêts.

Le report de l’audience au mardi 23 août 2011 devrait permettre au procureur de confirmer la traduction de l’enregistrement fait à la prison le 15 mai.