DSK/BANON – Mais qui connaît cet avocat David Koubbi, l’emmerdeur ?

Posted on juillet 20, 2011

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« J’ai été construit sur un mensonge. Tout petit, ma mère m’a fait croire que j’étais quelqu’un d’important. » C’était il y a moins d’un an, le 12 septembre 2010, David Koubbi dévoilait les ressorts de son insolente assurance – ou de sa candide clairvoyance – à Michel Drucker sur Europe 1. L’avocat trentenaire était le premier invité d’une nouvelle émission, baptisée « les Numéros 1 de demain ». Les Vergès en herbe, les futurs Zidane, les Johnny en gestation… « Numéro 1 » ? Depuis quelques jours, le jeune homme brun et télégénique figure en tout cas au sommet d’un hit-parade. Mais lequel ? Celui des dons Quichottes partant à l’assaut du système et de l’omerta ? Ou celui des affamés de publicité ? Maître Koubbi, défenseur de la presque orpheline ? Ou maître chanteur du barreau, pratiquant le supplice chinois avec DSK ? Un jour, « j’y vais », l’autre « j’y vais pas », puis au moment où le reclus de TriBeCa semble sortir la tête hors de l’eau, paf, un grand coup de gafe sur la tête. « Campagne trash » orchestrée par Sarkozy, s’époumone le strauss-kahnien Jean-Marie Le Guen. « Torrent de merde », crie Manuel Valls.

Le petit David contre les Goliath de l’avocature

Emmerdeur, donc. Et fier de l’être. On l’appelle même de Corée pour des interviews. « Vous pouvez tracer. Elle viendra pas ! », lance -t-il début juillet, depuis la fenêtre de son cabinet, aux paparazzis qui attendent la désormais très célèbre Tristane Banon. A ses heures perdues, Koubbi pratique la boxe. Cancre promis à un CAP, il a été sauvé de l’échec scolaire en faisant « sports études pelote basque » à Toulouse, avant la fac de droit. Enfant, il était « hyperactif ». Il semble avoir renoncé à se soigner. Il a écrit un roman d’amour, « Hélium & papillons », créé un site internet, Tokup, dédié à la prestation de services aux particuliers, monté une société, Ta Chatte Productions ! – pour produire les « Gérard de la télévision » (sorte de pastiche des Césars) -, organisé une vente de charité pour les enfants d’Haïti… Dans ses bureaux, 600 mètres carrés non loin de la place de l’Etoile, il expose des œuvres d’art tous les deux mois et invite à un cocktail mondain chaque « 28 octobre », le nom qu’il a donné à son cabinet. « Juste pour que vous m’en demandiez la raison. » Faire parler. Exister. Le petit David contre les Goliath de l’avocature.

« Il n’avait pas le choix »

« Mais qui connaît monsieur Koubbi ? », lâchait pourtant Jean Veil au lendemain du tonitruant dépôt de plainte de la blonde romancière. Longtemps, les conseils de DSK ont traité le Rastignac toulousain par le mépris. Les grognards de la strausskahnie, eux, le dépeignent comme un manipulateur. « David est totalement apolitique, jure son client et ami Pascal Rostain, le photographe-chasseur de stars. Et il n’avait de toute façon pas le choix. » Les vidéos racontant la présumée tentative de viol de Tristane Banon circulaient sur le Net depuis 2007. Après la déflagration du Sofitel, les journalistes « du monde entier », l’avocat de Nafissatou Diallo, les enquêteurs américains se sont lancés à ses trousses… Devait-elle disparaître dans un trou, interroge Koubbi ? Lui-même devait-il « renoncer au serment prêté » quand il a passé la robe ?

La déclaration de François Hollande l’a décidé à agir

Certes, mais pendant des jours, il a martelé qu’il ne voulait pas collaborer avec la justice américaine et le voilà qui sort du bois alors que l’affaire est encore en cours. « Vous faites exprès de ne pas comprendre ? », s’agace l’avocat, qui voit derrière chaque question la main des « communicants de DSK ». « J’ai toujours dit, articule-t-il comme s’il s’adressait à une assemblée de malentendants, que je ne voulais pas porter atteinte à la présomption d’innocence de Dominique Strauss-Kahn tant que les intérêts de ma cliente n’étaient pas menacés. » Pause. « Et puis François Hollande a affirmé, contre toute évidence, qu’il n’avait jamais été informé de ce qui était arrivé à Tristane. » Suspense. « J’y ai vu la preuve que des consignes avaient été données au Parti socialiste pour nous discréditer. » C’est ce « mensonge en marche », assure-t-il, qui l’a décidé à agir, dès le 15 juin, bien avant le dernier rebondissement new-yorkais. Vingt jours pour rédiger une plainte dont il agitait pourtant la menace dès l’arrestation de DSK… Certaines de ses relations, qui n’ont pas compris son dernier revirement, lui ont conseillé de s’abstenir.

Mais « David fait partie des sages qui n’hésiteraient pas à sauter dans une piscine vide pour en hâter le remplissage », s’enthousiasmait, en mai 2010, Alexandre Jardin, l’un de ses intimes, dans un élogieux portrait publié par « le Nouvel Economiste ». Aujourd’hui, l’écrivain préfère de rien dire, « pour ne pas mélanger le professionnel et l’amical ». Et au barreau de Paris, comme toujours, les mauvaises langues se délient.

« Arrêtez, vous allez me faire koubbir ! »

Désormais, après un compliment un peu appuyé, une plaisanterie fait fureur à la buvette : « Arrêtez, vous allez me faire koubbir ! » Les ténors ou les nouvelles stars de la place – les Metzner, Dupont-Moretti, Temine ou Assous – s’étranglent quand ils entendent leur confrère égrener la liste de ses clients, qui sont aussi les leurs : Kerviel, Rhoul, Delajoux, Adjani… « Koubbi n’intervient qu’à la marge pour des histoires de droit à l’image ou de diffamation. Ou alors il passe comme une comète après avoir posé pour la photo », grince l’un d’eux qui n’est pas le dernier à se précipiter devant les caméras. « Il va s’abîmer les ailes avec ce dossier », ajoute un autre, plein de compassion.

Koubbi comme kamikaze ? Lors de ses atermoiements, certains de ses détracteurs le soupçonnaient pourtant d’avoir été « acheté par les officines strausskahniennes ». Aujourd’hui, les mêmes l’accusent de vouloir « se payer un puissant » avec une plainte vouée, selon eux, à l’échec, mais dont il pourra dénoncer à plaisir l’« étouffement » . « Il ne fait que commencer à prendre des coups, résume son associé Benoit Prusvot. Mais il saura les rendre. » David Koubbi, lui, prévient très sérieusement : « Le dossier Banon a été dupliqué, il est à l’abri dans un autre cabinet. » Il ajoute qu’il a toujours aimé le risque et la vitesse. Et que, lui aussi, il roule en Porsche.