Les 7 manières pour vérifier la version de Banon (et de DSK)

Posted on juillet 6, 2011

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Aux Etats-Unis aussi, la plainte de Tristane Banon contre Dominique Strauss-Kahn alimente la polémique. Ainsi, sur le site américain Slate ( traduction de l’article, dans sa version intégrale, sur http://www.Slate.fr ), William Saretan pose-t-il les sept bonnes questions auxquelles enquêteurs et journalistes devraient selon lui s’attacher à répondre.

1. L’appartement

Banon déclare qu’il était situé « entre Montparnasse et l’Assemblée nationale, dans une rue proche du boulevard des Invalides; il m’a dit que c’était l’appartement d’un ami ». Elle dit qu’il « était quasi vide, blanc, poutres apparentes, une machine à café, une table ronde (…) une bibliothèque vide, et, tout au fond, une chambre avec un lit ». Si Strauss-Kahn nie le fait qu’ils aient été tous les deux dans un tel appartement, il devrait être possible de savoir s’il existe, et si c’est le cas, de savoir lequel de ses amis en est propriétaire.
S’il existe, l’exactitude de la description de Banon pourra être vérifiée. Si cela concorde, Strauss-Kahn devra expliquer comment elle peut savoir à quoi il ressemble. Par ailleurs, s’il admet l’avoir rencontrée là-bas, d’autres journalistes français pourraient être interrogés pour savoir s’il a déjà donné d’autres interviews dans cet appartement, ou s’il le réservait à des jeunes et jolies femmes.

2. Le magnétophone

Dans sa déclaration de 2007, Banon avait dit:
« J’ai posé le magnétophone tout de suite pour enregistrer, il a voulu que je lui tienne la main pour répondre, parce qu’il m’a dit ‘je n’y arriverai pas si vous ne me tenez pas la main’, et puis après la main, c’est passé au bras, et c’est passé un peu plus loin ».
Dans son dernier entretien, elle déclare que lorsque Strauss-Kahn lui a tenu la main, elle lui a dit qu’elle voulait partir, « Il a arrêté le dictaphone, m’a attrapé la main puis le bras », et c’est de là qu’est partie la bagarre. Si ces affirmations sont exactes, elle doit avoir un enregistrement où on entend Strauss-Kahn lui demander de lui tenir la main, ce qui pourrait contredire sa version des faits, où il dit que l’interview s’est passée normalement. Où est l’enregistrement?

3. Le coup de fil à Maman

Banon déclare:
« Et puis j’ai réussi à me dégager, j’ai dévalé les escaliers, je me suis retrouvée dans ma voiture, j’ai appelé ma mère car je n’arrivais même pas à conduire tellement je tremblais ».
La mère de Banon se souvient-elle de cette conversation?

4. La contravention

Banon dit avoir écopé d’un « PV » (une amende de stationnement française) au parcmètre, où elle avait garé sa voiture pour l’entretien. Où est cette contravention? L’adresse pourrait aider à localiser l’appartement, et l’heure pourrait être vérifiée par rapport à l’emploi du temps de Strauss-Kahn. On pourrait aussi la comparer à ses archives téléphoniques, pour voir s’il a bien appelé Michel Field ensuite.

5. Les SMS

Banon affirme qu’après avoir quitté l’appartement, Strauss-Kahn « m’a envoyé tout de suite un texto en disant ‘alors je vous fais peur ?’, d’un air un peu provocateur (…) et après il a pas arrêté de m’envoyer des SMS ». Ses archives téléphoniques font-elle état de tels SMS? Et si c’est le cas, comment Strauss-Kahn peut-il les expliquer?

6. Les excuses

Strauss-Kahn déclare que, ces quatre dernières années, avec la mère de Banon, une autre responsable du Parti Socialiste, ils se sont croisés deux ou trois fois, lors de réceptions. Selon le biographe de Strauss-Kahn, « ils ont parlé des accusations que la jeune écrivain portait contre lui. Et se sont, selon lui, quittés en bons termes, comme si toute l’affaire était un malentendu ». Mais la mère de Banon affirme que, lors d’une conversation, Strauss-Kahn lui a dit: « Je sais pas ce qui m’a pris, j’ai pété un plomb ». Cette déclaration, de la mère, n’est liée à aucune des affirmations de la fille. C’est une citation directe de Strauss-Kahn. Comment l’explique-t-il? La mère délire-t-elle autant que la fille?

7. François Hollande

Banon déclare que François Hollande, qui était à l’époque premier secrétaire du Parti socialiste, avait eu vent de son agression, et l’avait appelée pour lui conseiller de porter plainte. Mais Hollande déclare n’avoir « eu aucune connaissance des faits – réels ou supposés », et n’avoir « jamais eu connaissance » de telles graves allégations. Pour Banon, aujourd’hui, « il ment ». Est-ce vraiment le cas? Ou un tel défaut de mémoire diminue-t-il la crédibilité des accusations de Banon?

Dans tous les cas, Banon mérite qu’on compare ses déclarations à des preuves. Ça la discréditera peut-être. Ça discréditera peut-être Strauss-Kahn. L’important, c’est de se concentrer sur la corroboration et la falsification, pas sur qui gagne ou perd. Oubliez l’affaire de New York. Mettez de côté vos idées reçues sur les hommes riches, et celles qui portent plainte pour viol. Banon, comme Strauss-Kahn, a le droit à une audience équitable, et un examen approfondi. Ne la croyez pas sur parole. Et lui non plus.