Tests ADN dans l’affaire DSK : une experte appelle à la prudence

Posted on mai 24, 2011

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Dominique Strauss-Kahn sur un marché à Lagny s...
Image via Wikipedia

L’ADN de Dominique Strauss-Kahn aurait été retrouvé sur les vêtements de la plaignante. Une experte en police scientifique réagit.

L’ADN de Dominique Strauss-Kahn aurait été retrouvé sur les vêtements de la femme de chambre qui accuse l’ex-patron du FMI de crimes sexuels, selon les chaînes américaines NBC et ABC. Le site français Atantico.fr s’appuie sur des informations communiquées dimanche par la police new yorkaise aux autorités françaises pour indiquer que ces traces auraient permis de révéler la présence de sperme. Selon les informations de France 2, le test ADN, « formel », attesterait de la présence du sperme de l’accusé sur le col du chemisier de la plaignante.
Enquêteurs et procureur ne confirment pas
Des informations que la police new yorkaise n’a pas souhaité confirmer, renvoyant au bureau du procureur de Manhattan, qui se refuse à tout commentaire sur « des informations concernant des pièces confidentielles figurant au dossier », précise Le parisien. Lundi, une porte-parole du tribunal a par ailleurs formulé par un « no comment » sans équivoque que rien ne serait communiqué avant le procès.
Quels que soient les résultats des tests ADN réalisés sur les vêtements de la plaignante, ils ne représentent qu’une partie de l’ensemble des analyses génétiques prévues dans le dossier. Au lendemain de l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, les enquêteurs de la NYPD avaient déclaré rechercher d’éventuelles traces ADN pouvant aussi se trouver sur des traces de griffure ou des cheveux. Depuis, d’autres analyses réalisées à partir de crachats de la plaignante auraient également été diligentées.
Cependant, si la présence sur les vêtements de la plaignante de l’ADN, voire du sperme de Dominique Strauss-Kahn, était par la suite confirmée par les enquêteurs, elle ne permettrait pas de lever le voile sur ce qu’il s’est passé dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel. « Même si du sperme a été retrouvé sur le chemisier de cette femme, cela ne suffit pas à prouver qu’il y a eu viol« , répète Anne Beauchet, secrétaire régionale du SNNPS (syndicat national des personnels de police scientifique.)
Possible confusion entre trace ADN et trace de sperme
Celle qui est aussi analyste au laboratoire de police scientifique d’Ecully appelait à la prudence, lundi 16 mai, quant à l’interprétation de la présence de traces ADN. A nouveau contactée par Le Nouvel Observateur mardi 24 mai, elle met en garde au sujet de la possible confusion entre la présence de traces ADN -qui peut être de différentes natures (sang, salive, sperme,..)- et une trace de sperme : « On peut très bien relever des traces ADN sans qu’elles permettent de définir le profil génétique de la personne, si par exemple l’ADN relevé est dégradé ou en concentration insuffisante. Tout comme on peut aussi, pour les mêmes raisons, trouver une présence de sperme sans que cela ne permette de définir l’ADN de celui auquel il appartient. »
Egalement questionnée par Le Nouvel Observateur au sujet de la méthode utilisée pour révéler la présence de sperme, Soizic Le Guiner, experte en empreintes génétiques près la cour d’appel de Rennes pour l’IGNA (institut génétique Nantes Atantique), expliquait que le système appelé ‘crimescope’, du nom de l’appareil utilisé, permettait de « mettre en évidence les traces de sperme en observant le vêtement sous différentes lumières. »
Plusieurs méthodes de recherches
Une technique qu’Anne Beauchet estime « insuffisante » pour affirmer une présence de sperme. Dans ce type de recherche, la secrétaire régionale du SNNPS utilise le ‘crimescope’ surtout pour « de grandes surfaces comme de la literie. » Mais, explique-t-elle, cette technique n’étant pas fiable à 100 %, en cas de présence de liquide biologique (sang, salive, sueur, sperme par exemple), elle explique procéder à une « réaction d’orientation » pour savoir si ce liquide peut contenir du sperme.
En quoi consiste une « réaction d’orientation » ? Dans le liquide spermatique se trouve une enzyme appelée ‘phosphatase acide’, indique Anne Beauchet, et « la réaction d’orientation, en cas de recherche de sperme, consiste à révéler la présence de cette enzyme à l’aide d’un mélange de produits chimiques. » Si son analyse au microscope permet de distinguer des spermatozoïdes, la recherche s’arrête là.
Le cas contraire, l’analyste explique avoir recours à une troisième recherche appelée « technique PSA ». « La PSA est un marqueur de la prostate (utilisé en milieu médical pour diagnostiquer un cancer de la prostate). On se sert de ce procédé pour révéler la présence de sperme. Le résultat se lit sur deux barres, comme pour un test de grossesse. » Si les barres sont colorées, la présence de PSA, présente dans le liquide spermatique, est établie. Dans la majorité des cas, l’ADN, présent dans le noyaux des spermatozoïdes, permet alors de définir le profil génétique de la personne.
« Toujours plus compliqué » de prouver un viol par fellation
Dans l’affaire DSK, si le vêtement analysé n’a pas été lavé, peut-on penser que d’éventuelles traces ADN ou de sperme seront exploitables ? « A priori oui », répond la secrétaire régionale du SNNPS, répétant une fois de plus que « l’ADN ne permettra pas de prouver le viol, qui plus est en l’absence de pénétration. »
L’experte rappelle aussi qu’il est « toujours plus compliqué » de prouver un viol par fellation. Des tests ADN réalisés à partir de crachats de la plaignante seraient cependant susceptibles d’apporter davantage de précisions : « Si la présence de la salive de la jeune femme, donc de son ADN, est établie, ainsi que la présence de spermatozoïdes du mis en cause, et de son ADN, cela permettrait au moins d’établir avec certitude qu’il y a eu fellation. » Mais n’indiquerait en rien, en soi, qu’il y ait eu viol.
Selon la source du Nouvel Obs.