Japon: des corps sans identité, des familles qui poursuivent leur quête

Posted on mars 24, 2011

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« Femme, une vingtaine d’années, cheveux noirs mi-longs, peut-être employée de banque ». C’est l’une des descriptions figurant sur la liste des nombreuses victimes du tsunami du 11 mars au Japon, dont le corps n’a pas encore été réclamé par la famille.
Ces quelques mots brefs sont tout ce dont disposent les proches qui ont survécu, à Minamisanriku, un petit port de pêche dévasté dans le nord-est du pays, où des milliers d’habitants sont portés disparus.
Après deux semaines de fouilles, où les découvertes de corps se font de plus en plus rares, la plupart des survivants de cette ville de 18.000 personnes savent désormais que les disparus sont très probablement morts.


La découverte dimanche d’une vieille dame de 80 ans et de son petit-fils de 16 ans, vivants, sous les ruines de leur maison dans la même préfecture neuf jours après le séisme de magnitude 9, ont rallumé brièvement l’espoir. Mais peu croient possible un nouveau miracle.
Les survivants se sont peu à peu résignés à rechercher les cadavres de leurs proches, pour pouvoir leur donner une véritable sépulture.
Mais dans des endroits comme Minamisanriku, où le nombre de corps retrouvés est si faible par rapport aux personnes disparues, même cette quête risque d’être déçue.
« Nous voulons travailler jusqu’à ce que chaque personne disparue ait été identifiée. Nous attendons ce moment avec impatience », déclare à l’AFP le maire de la ville, Jin Sato.
« Mais certains ont eu leurs vêtements arrachés par la puissance de la vague. Ces personnes-là sont difficiles à identifier », ajoute-t-il.
Juste après le séisme et le tsunami, beaucoup espéraient que leurs proches disparus étaient simplement incapables de donner signe de vie, à cause des routes détruites et des communications coupées.
Mais malgré les appels quotidiens à la télévision, les réunions entre proches séparés sont de plus en plus rares.

« Beaucoup des disparus ont sans doute été emportés par la mer », estime le maire.

Rikuyu Honma, 61 ans, a vu son frère pour la dernière fois le jour de la vague. « Je l’ai cherché là où ça s’est passé. Mais maintenant je crois que je dois venir ici pour en savoir plus », déclare-t-elle devant un tableau où sont accrochées des descriptions de corps retrouvés.
« Il a été emporté. Je sais qu’il est mort, mais si je peux je voudrais en être vraiment certaine, grâce au corps », ajoute-t-elle.
Sato Masahiro, 44 ans, dit être soulagé d’avoir retrouvé la dépouille de sa mère. « Retrouver un corps m’a apporté une sorte de paix », déclare-t-il.
Son père est mort une heure après avoir été extrait des ruines, mais la mère a été portée disparue plusieurs jours. « Ma soeur rêvait sans arrêt qu’elle était piégée quelque part, dans la cuisine. Et puis finalement on l’a retrouvée ».
Les équipes de secours venues de Kyoto (sud) ne retrouvent plus que deux ou trois corps par jour, dans un paysage de tôles froissées, débris de bois et autres ruines qui s’étalent sur deux kilomètres à l’intérieur des terres.
« Nous avons fouillé autant que possible sans utiliser des pelleteuses », indique un secouriste. Avoir recours à ces machines signifie qu’il n’y officiellement plus d’espoir de retrouver des survivants.

« Le nombre des morts va augmenter. Nous savons qu’il y en aura plus », déclare le maire.

Des corps ont été enterrés dans des fosses communes. Des échantillons d’ADN ont été préservés pour les identifications.
La mer aussi recèle de nombreux cadavres et les gardes-côtes japonais ont retrouvé 53 victimes.
Mais « beaucoup de corps ont coulé au fond de l’océan et ne seront jamais découverts », estime Nobuo Omori, un pompier secouriste.