La vérité que l’on nous cache – Contamination des aliments ce qui se passe est grave

Posted on mars 21, 2011

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Map of Japan with Ibaraki highlighted
Image via Wikipedia

Des substances radioactives ont été retrouvées dans certains produits alimentaires au Japon. Pour Roland Desbordes, président de la CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité), les autorités japonaises minimisent l’impact de cette contamination.
Que pouvez-vous nous dire de la situation autour de la centrale et au Japon ?
Roland Desbordes : Et bien le phénomène n’est pas encore fini mais d’ores et déjà nous savons qu’il y a eu des rejets radioactifs importants. Et depuis cette nuit, la direction des vents est devenue défavorable puisqu’ils se dirigent maintenant vers le centre de l’île. Depuis le début l’air est le paramètre clé et nous réclamons depuis des jours aux autorités japonaises des mesures du nombre de Becquerel par mètre cube ou des différents radioéléments présents. Et ce sans succès.
A quoi serviraient ces éléments ?
Ils sont essentiels pour déterminer les mesures à prendre : mise à l’abri des gens pour éviter l’irradiation externe, surveillance des dépôts au sol et éventuellement laisser les bêtes à l’abri afin d’éviter les risques de contamination de la chaîne alimentaire.
Justement on a détecté de la radioactivité dans certains aliments ?
Oui tout à fait, il y a trois jours on a relevé des niveaux importants de radioactivité sur des légumes de la famille des épinards. Nous sommes largement au-delà des normes japonaises qui sont de 2000 Bq/Kg pour les adultes et 300 Bq/Kg pour les enfants. Or, on atteint plus de 50 000 Bq/Kg par endroit. Globalement tous les légumes à larges feuilles par leur capacité de captation sont les plus risqués mais on retrouve des traces de radioactivité dans des oignons ou du lait. Il faut aussi dire que cette contamination ne se cantonne pas aux environs immédiats de l’usine puisqu’on dispose de mesures positives de la préfecture d’Ibaraki, à plus de 100 Km de là.
Y-a-t-il un risque pour les populations ?
Évidemment, il faut bien comprendre déjà que les normes ne sont pas des normes prudentes, elles résultent d’un consensus entre impératifs économiques et risques sanitaires applicables. En clair quel est le nombre de morts tolérables si on les applique. Donc il y a clairement un risque sanitaire avéré contrairement à ce qu’affirment les autorités japonaises ou l’IRSN. Quand je les écoute j’ai l’impression d’être revenu 25 ans en arrière [accident de Tchernobyl NDLR] avec le même type de discours masquant la réalité.
Que faudrait-il faire ?
Il faut prendre des mesures de surveillance systématique, et de retrait le cas échéant, des aliments notamment des légumes, du lait et des viandes. Il semblerait, qu’à un niveau local, certaines mesures soient prises mais il n’y pas de réaction du gouvernement national. Ce qui se passe est grave et nous devons informer les japonais de la situation. La CRIIRAD prépare d’ailleurs une alerte qui leur sera spécialement destinée. D’autre part nous sommes en train d’analyser de nouvelles données que nous mettrons prochainement à disposition sur notre site.
En France, quels sont les risques de contamination ?
Il y a une probabilité que des éléments radioactifs arrivent en France portés par les vents. Compte tenu de la distance, on peut supposer qu’on sera à un niveau très faible de radioactivité. De toute façon nous avons des balises disposées dans toute la France qui permettront d’obtenir des mesures en toute indépendance. Mais pour l’instant ce qui nous préoccupe vraiment est la situation sanitaire au Japon.

(Propos recueillis par Joël Ignasse).