Japon : course contre la montre à Fukushima, la pression continue de monter d’une manière inquiétante

Posted on mars 17, 2011

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"Twin Tower" ; Air stack of the 7th ...
Image via Wikipedia

A l’aide d’hélicoptères et d’un canon à eau, les autorités japonaises luttaient jeudi par tous les moyens pour tenter de refroidir des réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima afin d’éviter une catastrophe nucléaire.


Ces efforts tiennent en haleine le monde entier et un nombre croissant de pays demandent à leurs ressortissants de s’éloigner de la zone à risques, et même de Tokyo.
L’alimentation électrique de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima pourrait être rétablie partiellement dans l’après-midi, a rapporté jeudi l’agence de sûreté nucléaire japonaise, citée par l’agence Kyodo. Au sixième jour après le séisme et le tsunami qui ont provoqué l’arrêt de la centrale et une panne de son système de refroidissement, des hélicoptères ont largué de l’eau sur les réacteurs 3 et 4 pour tenter de prévenir un accident nucléaire majeur.
Le seul gros problème pour l’instant l’eau s’évapore très vite. Les pompes ont été endommagées par l’eau de mer, il faut en installer des provisoires. En parallèle la pression continue de monter d’une manière inquiétante dans les réacteurs 3 et 5 et si cela continue, la situation deviendra incontrôlable.

Le rétablissement de l’électricité pourrait permettre de remettre en route les pompes refroidissant les réacteurs et de remplir les piscines dans lesquelles sont entreposées des barres de combustible irradiées. Pour la première fois depuis le début de la crise, quatre hélicoptères de l’armée japonaise d’une hauteur de 90m d’altitude ont déversé dans la matinée environ 30.000 litres d’eau sur les réacteurs 3 et 4. Les résultats de cette opération n’étaient pas connus à la mi-journée. L’objectif était notamment de remplir la piscine de combustible usagé du réacteur 4 qui a été endommagée par deux incendies.
Cette piscine est désormais quasiment asséchée, ce qui a pour effet de provoquer des niveaux « extrêmement élevés » de radiations, a déclaré mercredi le président de l’Autorité américaine de régulation nucléaire (NRC), Gregory Jaczko. La fusion de ce combustible pourrait entraîner des rejets de radioactivité de même ampleur que la catastrophe de Tchernobyl, selon des experts.
Les ouvriers de l’opérateur Tokyo Electric Power (Tepco), aidés de pompiers et de policiers, devaient également essayer d’atteindre le réservoir en recourant à un camion citerne équipé d’un canon à eau.
TEPCO espère aussi rétablir « dans l’après-midi » l’alimentation électrique de la centrale, ce qui « permettrait de remettre en route les pompes refroidissant les réacteurs et de remplir les piscines », selon un porte-parole. Les systèmes de refroidissement étaient tombés en panne vendredi à la suite du séisme de magnitude 9, le plus fort jamais enregistré au Japon, suivi d’un tsunami qui a dévasté les côtes du nord-est du pays.
L’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a estimé mercredi que les prochaines 48 heures allaient être cruciales. Le président américain Barack Obama a proposé d’envoyer davantage d’experts nucléaires au Japon.
Preuve de la gravité de la situation, l’Empereur du Japon, Akihito, s’est adressé mercredi à la Nation, pour la première fois dans une situation de crise depuis son accession au trône en 1989. Il s’est déclaré « profondément préoccupé par la situation » à Fukushima.
Devant la menace d’un accident nucléaire majeur, la plupart des ambassades ont recommandé à leurs ressortissants de s’éloigner de la zone pour se replier vers le sud, dans la région d’Osaka, ou bien de quitter le Japon. L’ambassade des Etats-Unis a fixé la zone de risque à 80 km autour de la centrale.
Les autorités nippones n’ont pour l’instant établi un périmètre de sécurité que de 30 km et le gouvernement a affirmé mercredi que les radiations au-delà de la zone d’exclusion des 20 km « ne posent pas de danger immédiat pour la santé ».

La Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Suisse, l’Italie et l’Australie ont également conseillé à leurs ressortissants de quitter le nord et la région de Tokyo. La France, comme la Belgique et la Russie vont envoyer des avions supplémentaires afin d’évacuer les familles souhaitant quitter le pays.
Alors qu’un vent de panique souffle de l’étranger, la population japonaise, notamment à Tokyo, reste étonnamment calme et disciplinée, dans l’attente de nouvelles instructions du gouvernement. Les vents devraient rester favorables jeudi et repousser vers l’océan Pacifique les rejets radioactifs de la centrale. En revanche, un froid intense et d’importantes chutes de neige dans la nuit ont encore dégradé les conditions de vie et de travail pour les 500.000 sinistrés du séisme et du tsunami et les 80.000 secouristes mobilisés dans le nord-est. Des millions de Japonais sont privés d’eau, d’électricité, de chauffage et de nourriture en quantités suffisantes.
Le bilan officiel du séisme et du tsunami s’établissait jeudi à 5.178 morts et 8.606 disparus. Mais dans la seule ville d’Ishinomaki, le nombre de disparus s’élèverait à 10.000, selon un responsable local.
L’indice Nikkei de la Bourse de Tokyo est reparti à la baisse jeudi, perdant 2,09% à la mi-séance. Le yen a atteint pour sa part un nouveau record depuis la Seconde Guerre mondiale face au dollar, des investisseurs spéculant sur l’éventuel rapatriement massif de fonds par les compagnies d’assurance japonaise.
De nombreuses manifestations de solidarité avec le Japon sont organisées à l’étranger, comme au Pérou, ancienne terre de forte immigration nippone, qui a décrété une journée de deuil national vendredi prochain. La chanteuse américaine Lady Gaga a annoncé avoir collecté 250.000 dollars en deux jours pour les victimes du séisme en vendant des bracelets en caoutchouc.