Catastrophe nucléaire : la France peut-être pas préparée à tous les scénarios

Posted on mars 17, 2011

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Cela fait froid dans le dos…

La France s’estime prête à parer à un désastre nucléaire, avec des dizaines de spécialistes prêts à intervenir dans des conditions forcément dangereuses, mais des experts concèdent que la catastrophe de la centrale japonaise de Fukushima fait surgir des scénarios inédits.
Des plans précis sont prévus pour faire face à tout accident nucléaire, en fonction de sa gravité, fait valoir Jean-René Jourdain, un responsable de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).
Ils impliquent la mobilisation d’équipes issues des 60.000 employés des 58 centrales et des usines de retraitement du pays. « Ce sont des +intervenants+ spécialement formés, comme au Japon, et non des +liquidateurs+ comme ceux qui avaient été envoyés en urgence à Tchernobyl », affirme-t-il.
Ils interviennent dans le cadre d’un « plan d’urgence interne » (PUI) déclenché par toute centrale ou usine qui connaît un problème, explique le professeur Michel Bourguignon, commissaire de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).
« S’il y a des conséquences à l’extérieur, il y a un plan particulier d’intervention (PPI) qui déclenche une action puissante pilotée par le préfet » dans le cadre d’un plan Orsec qui comprend des mesures pour les populations civiles, précise-t-il.
Face au danger radioactif, l’idée, expliquent les experts, est de limiter le nombre d’intervenants simultanés et de multiplier les rotations afin d’éviter qu’ils ne soient exposés à des niveaux de radiation trop élevés.
Tous les personnels en première ligne sont équipés de dosimètres mesurant en temps réel leur exposition aux rayons. D’autant que les combinaisons de protection avec les masques ne protègent pas des rayons gamma, les plus dangereux, qui peuvent être présents en cas notamment d’avarie sur la structure de confinement du réacteur.
En France, en conditions normales, « un travailleur ne doit pas recevoir plus de 20 millisieverts (mSv) par an« , explique le président de l’ASN, André-Claude Lacoste. Dans des conditions extrêmes, « il y a un système qui permet d’aller jusqu’à 300 mSv pour une opération destinée à sauver des vies », a-t-il précisé.
Toutefois, à l’usine de retraitement de déchets nucléaire de La Hague (Manche) d’Areva, « en cas vraiment de coup dur, les opérateurs peuvent être exposés à une dose exceptionnelle d’urgence », pointe Jean-Pierre Bachmann, syndicaliste CFDT chez Areva. Cette dose « que les opérateurs accepteraient de prendre en cas d’incident est de 500 millisieverts« , souligne-t-il. « Au-dessus de 200 mSv, les gens commencent à avoir des probabilités de développer un cancer. La dose létale démarre à 2.500 mSv pour un enfant, 5.000 pour un adulte« , précise-t-il. La crise de Fukushima pourrait néanmoins amener les responsables français à revoir leurs plans d’urgence, estiment certains.
« On était convaincus, comme les Japonais, d’avoir étudié tous les scénarios possibles. Aujourd’hui, ce que démontre cet accident, c’est qu’il y avait quelques scénarios qui n’avaient pas été envisagés« , affirme Denis Limouzin, représentant syndical CFE-CGC au Commissariat à l’énergie atomique (CEA).
L’ASN reconnaît elle-même cet état de fait. « On fera le retour d’expérience après pour que tout le monde puisse réfléchir. Ce qui est clair c’est qu’on devra réfléchir à la survenue simultanée de plusieurs évènements« , reconnaît Michel Bourguignon. « On a fait des millions de scénarios et on fait 10 exercices par an. On n’a peut-être pas imaginé que trois réacteurs soient en panne en même temps« , a-t-il admis.